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vendredi 7 octobre 2011

Kritik express

Diaphana Distribution
We need to talk about Kevin, de Lynne Ramsay
Lynne Ramsay adapte façon puzzle le roman épistolaire de Lionel Shriver. Le récit fait des allers retours constants entre le passé et le présent, révélant au compte-gouttes les raisons qui ont amené Eva (Tilda Swinton, absolument parfaite) à être ostracisée par son voisinage. On devine rapidement une explication effroyable mais le voile reste épais quant à sa nature même. Dès les premières scènes, Ramsay installe le malaise. Lorsqu'elle plonge sa caméra dans une bataille de tomates géante - une fête populaire espagnole- d'une beauté aussi sidérante que perturbante, elle annonce la couleur : rouge. Une couleur qui ponctue le film comme un leitmotiv, motif balourd qui annonce l'horreur du drame autour duquel se noue l'intrigue. Ce symbolisme sans subtilité, pompier, est l'un des gros point faible du film. Ce qui est plus réussi, c'est la tension croissante que provoque la relation mère-fils qui est décrite. Le Kevin au sujet duquel le titre suggère d'avoir une discussion est une publicité ambulante pour la contraception, l'enfant poison devenant un adolescent monstrueux. Dire qu'il s'agit d'une relation amour/haine est trop simpliste et serait trop confortable. Le film ne se risque pas à dire pourquoi Eva aime son fils coûte que coûte : se force-t-elle au nom d'un prétendu instinct maternel ? par convention sociale ? ou, et c'est peut-être cela qui est le perturbant, parce qu'elle se reconnaît en lui ? Ramsay joue des correspondances entre les plans (des visages immergés, la façon particulière de préparer un sandwich ou de trier méthodiquement des rognures d'ongles/des morceaux de coquilles d'oeufs...) pour signifier leurs ressemblances et nous dire que si tout semble les opposer, ils ont beaucoup en commun. Lorsque le voile se lève enfin sur le drame charnière qui a fait basculer la vie d'Eva (et de Kevin), de multiples questions viennent à l'esprit. Des interrogations qui nous poursuivent longtemps après avoir quitté la salle.



L'Apollonide, de Bertrand Bonello
Bonello signe un film au charme vénéneux, très bien documenté, et qui, au naturalisme, préfère l'onirisme et son évanescence justifiant le sous-titre "souvenirs de la maison close". Porté par un casting féminin impeccable, ce film d'époque rompt avec les règles de l'académisme pour laisser surgir la modernité de manière assez audacieuse, osant l'anachronisme avec son générique et l'emploi de "Bad girl" de Lee Moses dans la B.O. Bertrand Bonello ne condamne ni ne loue les maisons de tolérance, il ne juge aucunement ces filles mais le regard qu'il porte sur elles redonne leur humanité à ces "objets de désirs". Sa mise en scène s'attache à construire un oxymore, faisant se côtoyer l'effroyable et le sublime, l'innocence et la perversion, l'opulence (des salons et des chambres) et la pauvre condition de ces filles "de joie". L'Apollonide contient ainsi quelques une des plus fortes images que vous verrez au cinéma cette année. Une grande réussite.


Restless, de Gus Van Sant
Une jeune fille condamnée par la maladie, un jeune homme fasciné par la mort. C'est le duo, sur le point de devenir un couple, que l'on retrouve à 'affiche de Restless. Sortez les mouchoirs ? Pas si vite ! Parce que le dernier GVS, film de commande produit par Ron -le tâcheron- Howard est assez pauvre en émotions. Henry Hopper, belle révélation, est certes touchant dans son rôle d'ado lunaire et torturé qui rappelle le Harold d'Hal Ashby. Mais Restless tombe dans le piège de la poésie de papier glacé, se parant des atours du romantisme sans fouiller les âmes en profondeur. Ce qui peut amener le spectateur à se concentrer plus volontiers sur les jolies tenues de Mia Wasikowska que sur le destin de ces jeunes personnages.

mardi 4 octobre 2011

Kritik express

Warner bros France
Crazy, Stupid, Love, de John Requa et Glenn Ficarra
Bonjour les contrastes, avec un casting réunissant Steve Carell et Julianne Moore, Emma Stone et Ryan Gosling, Kevin Bacon et Marisa Tomei. Le titre laisse a priori présager une comédie romantique sans grande subtilité et c'est le cas dans la première partie montrant un quinqua plan-plan (Carell), largué par sa femme, coaché par un modèle sorti des pages de GQ (Gosling, ici expert en séduction). On imagine alors comment cela va se terminer. En gros, celui qui avait le plus besoin d'aide n'est pas celui auquel on est censé penser et chacun gagne à apprendre de l'autre. Bla, bla, bla. Or, Crazy, Stupid, Love, sait ménager quelques surprises, contrariant le scénario en pilote automatique. Film choral sur l'amour et les bêtise qu'il nous fait commettre, il laisse affleurer des émotions moins gnangnan qu'attendues. Il n'empêche que le tout manque de rythme, même si des embardées hystériques tentent de le faire oublier.




Habemus papam, de Nani Moretti
Le Pacte
Je plaçais de grandes espérances dans le nouveau Moretti, précédé d'une flatteuse réputation depuis son passage sur la Croisette. Hélas, j'ai été déçu par cette histoire de pape démissionnaire. Moretti signe un film somme toute assez élégant, mais je n'ai pas embarqué dans la fugue et les pérégrinations théâtrales de Piccoli, et ai préféré les scènes liées à l'enfermement forcé du psy au Vatican, à commencer par la compétition de volley.




La fée, de Dominique Abel, Fiona Gordon et Bruno Romy
Laurent Thurin-Nal
Un film que j'aurais aimé aimer. Je ne connaissais les précédentes réalisations du trio que par bribes (extraits, bande annonces...). La fée était donc ma première balade dans leur univers. Il y a de la fantaisie, de la poésie et un brin de scènes amusantes. Mais je ne suis pas parvenu à m'immerger dans leur monde. Comme si l'on me racontait une jolie histoire inoffensive et jamais vraiment captivante.


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lundi 3 octobre 2011

Kritik express

Wild bunch distribution
La guerre est déclarée, de Valérie Donzelli
L'autofiction au cinéma ne fonctionne que si elle s'accomplit dans un élan de sincérité et abandonne tout calcul. C'est le cas dans La guerre est déclarée. Si Valérie Donzelli et Jérémie Elkaïm - qui ont écrit le scénario à quatre mains et tiennent les deux rôles principaux - se sont inspirés de leur douloureuse expérience de couple confronté à la maladie de son enfant, ils ne tombent jamais dans l'impudeur. Surtout, ils n'ont pas peur de s'attaquer à des scènes casse-gueules avec leur sensibilité (la course dans les couloirs de l'hôpital, l'annonce du diagnostic aux proches, par exemple), scènes que le spectateur pourra trouver moins réussies. Ils assument leur jusqu'au-boutisme, ne craignent pas de passer du rire aux larmes -partition difficile à composer- et osent une bande originale hétérogène et omniprésente. La guerre est déclarée relève à la fois du journal intime, du collage cinéphile, de l'illustration pop et du film phénomène parce qu'il parle au plus grand nombre avec sa propre voix et sans prétendre à l'universalité.




Les Bien-aimés, de Christophe Honoré
Le Pacte
Avec son intrigue qui court des années 1960 à une époque contemporaine, condensée en 2h20, Les Bien-aimés laisse d'abord une impression mitigée. Comme si à vouloir trop embrasser d'époques, de pistes et de vies, le film échouait à étreindre l'émotion. Or, le dernier Honoré est l'exemple parfait du film qui ne se révèle vraiment qu'après avoir infusé en nous. Alors, la magie des Chansons d'amour n'est plus forcément là et la partie consacrée à Madeleine croule sous les références truffaldiennes, mais le film dégage un souffle réel dès que Chiara Mastroianni entre en scène. La nostalgie laisse la place à la modernité et à une intensité culminant dans les séquences montréalaises. Un beau film qui semble défendre l'idée que les amours insatisfaites sont celles qu'on vit le plus intensément.





La piel que habito, de Pedro Almodovar
Pathé
Pedro Almodovar fait une incursion dans le cinéma de genre, lorgnant vers le rape-and-revenge, sans renier complètement son goût pour le mélodrame. Il adapte librement Mygale de Thierry Jonquet et signe un conte horrifique où un savant-fou teste sur sa cobaye une peau plus résistante. D'une violence psychologique vertigineuse - y a-t-il pire geôle que son propre corps ?- et d'une mise en scène à la froideur idoine, ce film interroge la notion d'identité et s'impose comme l'un des sommets de l'année.



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jeudi 18 août 2011

Melancholia

/ Les Films du Losange
Claire et son mari accueillent, dans leur maison bourgeoise, la réception du mariage de Justine, la sœur de Claire, et Michael. Pendant ce temps, la planète Melancholia s'approche de la Terre.

Le prologue au cours duquel des tableaux s'animent au ralenti sur fond de "Tristan et Isolde" de Wagner plonge immédiatement le spectateur dans l'ambiance. Cette introduction, d'une grande beauté visuelle, met en scène les personnages principaux. Chaque image trouvera un écho et fera sens dans la suite du film. Dès le début également, tout suspense est levé quant à la catastrophe. C'est en sachant que la collision n'a pu être évitée que l'on suit ces portraits de femmes.

/ Les Films du Losange
Chaque sœur a droit à sa propre partie, chacune d'égale durée. Pourtant, la première, consacrée à Justine semble plus longue. Une impression sans doute due à son caractère choral : elle se déroule lors d'un mariage de Justine. Parce que le chemin est trop étroit pour la Limousine qu'ils ont louée - très jolie séquence-, les jeunes mariés arrivent en retard à la réception. Sur le péron, Claire, les accueille sans cacher son exaspération. Ce qui devait être un mariage en grande pompe tourne en fiasco événementiel. Les caractères se révèlent peu à peu. Et, malgré le faste et les apparences, la famille de Justine est loin de composer un tableau lisse. Une mère acariâtre, un père qui se la joue copain pour mieux prendre la fuite, un beau-frère aimant rappeler les sommes investies dans l'organisation du mariage...
Peu à peu le vernis s'écaille et Justine a de plus en plus de mal à lutter contre sa dépression, à l'empêcher de transparaître. Lars von Trier a mis beaucoup de lui même dans ce personnage incarné par Kirsten Dunst -qui, par les nuances apportées à son jeu, méritait amplement le prix d'interprétation cannois. Il n'en n'a pas fait mystère : lui aussi a connu les affres de la dépression. Et jamais sans doute, un film n'avait approché de si près la réalité d'un tel état. Cette première partie, sorte de comédie de mœurs, montre le délitement d'un univers d'apparences. Autrement dit, l'apocalypse d'un petit monde bourgeois.

/ Les Films du Losange
Un second chapitre s'ouvre alors, celui de l'apocalypse atout court. Dans la première partie, la présence et l'évolution de la planète Melancholia n'était que suggérée. C'est autour d'elle que le deuxième acte se construit, comme un négatif du précédent. Les tons froids et bleutés répondent aux tons chauds du premier mouvement, le cadre intimiste -cinq personnages- succède au récit choral. On retrouve Justine, mais c'est sa sœur, Claire, qui est mise en avant. Toujours dans cette logique de décalque en négatif, c'est elle qui va perdre pied alors que, dans l'imminence de la catastrophe, Justine trouvera un certain apaisement. Si l'on enlève les ultimes -puissantes- secondes, Lars von Trier traite cette fin du monde sans insister sur le spectaculaire. Il y a bien sûr ces plans saisissants où les personnages évaluent la progression de la planète menaçante au travers d'un ingénieux bricolage en fil de fer ou cette neige qui se met subitement à tomber alors que les deux sœurs cueillent des fruits au jardin, mais c'est principalement dans une atmosphère cotonneuse et silencieuse que se déroulent les événements. Ce qui aura pour effet de renforcer l'impact du crescendo émotionnel final.

Melancholia diffuse un pessimisme résigné, à l'image de Justine qui sait que la Fin est inéluctable et qu'elle ne peut rien y faire. Claire, elle, n'a que le mot "bonheur" à la bouche. Un but ultime qu'elle poursuivra même en sachant son sort scellé, ce qui lui vaudra des remarques cruelles de sa sœur, qui, elle, a depuis longtemps fait une croix sur le concept de bonheur. In extrémis, la conclusion, apporte un semblant de réconciliation en forme de communion. Lars von Trier laisse alors, si la "magie" a opéré, le spectateur bien seul dans son fauteuil. Dans un état de tristesse vague et indéfinie, soit la définition de la mélancolie.

Melancholia
Allemagne, Danemark, France, Suède, 2011.
Réalisé par : Lars von Trier. Avec : Kirsten Dunst, Charlotte Gainsbourg, Kiefer Sutherland...

>> Film au programme du Festival d'été.

dimanche 29 mai 2011

Le Complexe du castor

© SND
Haut la main, Le Complexe du castor pourrait emporter le prix du pitch WTF de l'année. « Walter, quinqua suicidaire, tente de surmonter sa dépression en communiquant uniquement au travers d'une marionnette de castor dénichée dans une benne à ordure » Etonnant, non ? Suffisamment pour se retrouver dans la Black List de 2009, cette fameuse enquête qui distingue chaque année les scénarios les plus plébiscités à Hollywood sans qu'ils soient pour autant entrés en production. Forcément, s'il est aujourd'hui sur les écrans c'est qu'il a trouvé preneur. Un temps, Jay Roach (Mon beau père et moi...) s'y est intéressé, en imaginant Jim Carrey dans le costume trois pièces de Walter. Puis, David O. Russel (Les rois du désert, Fighter...) s'en est approché avant de tourner le dos : trop risqué. Ce qui laissait le champ libre à Jodie Foster, emballée par le projet dès qu'elle en a eu vent. Un coup de fil à son vieux pote Mel Gibson et, 24 heures, soit une lecture de scénario, plus tard, la tête d'affiche était trouvée. Grosso modo, c'est ainsi que les choses se sont déroulées.

Manque de bol, comme si le script n'était pas en lui-même suffisamment périlleux, les déboires de l'acteur principal ont corsé la post-production. 2010, annus horribilis pour Mel Gibson. Sa trogne a trusté les une des tabloïds après que son ex-compagne a rendu public des enregistrements téléphoniques. On y entendait la star déverser de violentes menaces envers elle entre deux propos racistes. Face à la justice, il s'en tirera avec trois ans de mise à l'épreuve et une injonction à suivre un programme de gestion de la violence. Evidemment, pour la promo, ça la fout mal. Du coup, la sortie du Complexe du castor, initialement prévue l'an passé, a été repoussée à maintes reprises.

Cette gestation chaotique ajoute à la singularité de ce film bancal et désarçonnant. L'argument de départ laisse présager une comédie grossière, mais cela ne colle pas avec une Jodie Foster derrière la caméra. Résultat, la première partie est teintée d'humour, mais c'est l'amertume qui prédomine, comme dans le Mister Schmidt, d'Alexander Payne. Et puis, brusquement, le ton se fait encore plus sombre, plus inquiétant, plus violent. La marionnette trop mignonne devient trop flippante. On se délecte de voir la comédie familiale dégénérer en délire psychotique. Malheureusement les bons sentiments finissent par ressurgir avec une énième scène de discours en public où on dit des trucs 'ach'ment importants sur le sens de la vie qui font réfléchir à notre condition d'être mortel.

Malgré cette réserve, Le Complexe du castor est une excellente surprise. Mel Gibson ne se ramasse jamais, malgré son rôle casse-gueule. Lui que l'on n'avait pas vu aussi convainquant à l'écran depuis longtemps (depuis quand, d'ailleurs ?) reste debout qu'il surfe sur le registre humoristique ou sur une partition plus émotionnelle. Un dernier mot sur l'intrigue secondaire qui révèle le talent d'Anton Yelchin -qui joue le fils de Walter- et permet de retrouver Jennifer Lawrence (Winter's bone), en pom-pom girl intello. Ce versant sentimental, certes un brin convenu, contribue à rendre ce film particulièrement attachant.




Le Complexe du castor
(The Beaver)
Etats-Unis, 2011.
Réalisé par : Jodie Foster. Avec : Mel Gibson, Jodie Foster, Anton Yelchin, Jennifer Lawrence...

samedi 28 mai 2011

Le Gamin au vélo

© Christine Plenus
Avec Le Gamin au vélo, les frères Dardenne polissent une nouvelle facette de leur cinéma, celle de l'optimisme. Du moins, d'un relatif optimisme. Tourné en été -une première- leur dernier film, reparti de Cannes avec le Grand prix, est baigné de soleil. Cécile de France -qu'une « star » établie figure au générique des frangins est aussi une nouveauté- y est radieuse en coiffeuse prête à jouer les mères de substitution. Surtout, le dernier plan laisse place à une interprétation pleine d'espoir. Cependant, on n'est pas non plus dans le joli monde des Teletubbies et l'histoire de ce gamin au vélo a tout d'un mélo lacrymal. C'est celle de Cyril, 12 ans, qui s'échappe de son foyer pour retrouver son père démissionnaire. Ce dernier n'est pas prêt à assumer ses responsabilités et continue de lui tourner obstinément le dos. C'est chez Samantha, une jeune coiffeuse que le hasard a placé sur son chemin, que Cyril va trouver l'affection. Mais en passant ses week-end chez elle, il s'approche aussi des mauvaises fréquentations.

On n'est donc pas là pour rigoler. Cependant, plutôt que de soutirer nos larmes à grands renfort d'effets de pathos, les Dardenne misent sur la retenue et sur leurs acteurs. Thomas Doret, dans le rôle titre, laisse pantois de naturel et de maturité. Rares sont les enfants acteurs qui ne donnent pas l'impression d'être de gentils singes savants. Zoé Héran, dans le récent Tomboy, produisait le même sentiment. Heureuses exceptions. Cécile de France, elle, paraît parfaitement à l'aise dans les fringues un brin cheap de cette coiffeuse de la province wallonne. Et le lien qui se noue, sous nos yeux, entre les deux personnages semble une évidence. Ce qui frappe dans ce film c'est aussi la gestion du rythme. Tout va très vite, à l'image de Cyril qui fend le vent sur son vélo. Aucune fioriture ne vient ralentir l'intrigue. De fait, l'histoire nous est contée en moins d'une heure et demi (1h27 chrono), sans que l'on ait eu le temps de voir poindre l'ennui.
Le Gamin au vélo n'est peut-être pas le chef d'œuvre auquel certains ont crié dans un élan d'enthousiasme mais sa vivacité fait plaisir à voir. Avec ce petit gars qui prend des coups -au propre, comme au figuré- mais se relève toujours les Dardenne ont (presque) signé un feel-good movie. Non, quand même pas.




Le Gamin au vélo
Belgique, 2011.
Réalisé par : Jean-Pierre et Luc Dardenne. Avec : Thomas Doret, Cécile de France, Jérémie Renier ...

mercredi 25 mai 2011

La Conquête

© Emilie de la Hosseraye / Mandarin Cinema - Gaumont 2011

La Conquête fait pschitt. On nous le vendait comme un film-événement, on se retrouve face à un docu-réalité de luxe (Denis Podalydès, de la Comédie-Française, oblige). Et encore, qu’apprend-on là-dedans que l’on ne sache déjà ? Rien. Aucune révélation sulfureuse, le scénario de Patrick Rotman est avant tout un condensé de saillies assassines. Les piques sardoniques sont souvent délectables, mais ce programme est un peu court. Le film se cantonne aux ors de la République, QG de campagne et logements de fonction. Il ne s’aventure dans la France « d’en bas » qu’à l’occasion d’une rapide visite du candidat Sarkozy à des ouvriers.

Le pilote-automatique a été enclenché pour une balade dans une sorte de mémoire collective immédiate. Nicolas qui fait le beau à vélo, Nicolas qui demande des résultats, des résultats et des résultats aux policiers, Nicolas en tête-à-tête avec Villepin à La Baule. Tout au long du parcours résonnent les petites phrases assassines qui ont alimenté les gazettes. Coups bas, rancœurs et doubles discours hypocrites tricotent donc la trame de cette molle satire. Pendant que, dans le même temps, les liens du couple Nicolas/Cécilia s’effilochent. Car La Conquête est aussi le récit d’une défaite amoureuse. Quand Durringer nous sert son Sarkozy de fiction sacrifiant sa vie privée pour accomplir la destinée présidentielle dont il est convaincu, on est en plein psychodrame. La scène de la dispute conjugale noyée sous un flot de musique est assez embarrassante. En dehors des addicts aux Feux de l’amour qui devraient trouver ce spectacle éprouvant, on conviendra que c’est juste l’histoire d’un mec qui se fait plaquer.

© Emilie de la Hosseraye / Mandarin Cinema - Gaumont 2011
Voir La conquête, c’est aussi devenir membre d’un jury de concours de sosie. Certains trouveront ça ludique. Or, c’est l’une des faiblesses majeures du film. A chaque apparition d’une figure connue se pose la question de l’incarnation crédible ou non. Bernard Le Coq semble parfaitement à l’aise dans le costume de Chirac. Tout comme Hippolyte Girardot, plutôt ressemblant en Claude Géant. On ne peut pas en dire autant de Michèle Moretti, crédible en Bernadette jusqu’à ce qu’elle ouvre la bouche ou de Saïda Jawad, sous-exploitée en Rachida Dati. Même constat pour Florence Pernel et sa Cécilia de soap-opéra. Ne loupez pas sa moue gênée (irritée ? difficile de savoir avec un jeu aussi nuancé) quand, occupée à envoyer un SMS à son amant, son ministre de mari vient la déranger.

Quant à Denis Podalydès, il fait ce qu’il peut entre mimétisme –parvenant par endroits à capter quasi-parfaitement les intonations de son modèle- et interprétation libre. Le challenge était délicat, la mission n’est qu’à demi-réussie. En revanche, il excelle à rendre Nicolas Sarkozy sympathique. « C’est tout bénef pour nous », se réjouissait récemment un membre de l’entourage présidentiel dans Le Parisien/Aujourd'hui en France. Après le label des spectateurs UGC, le label des spectateurs UMP ? Dominique de Villepin, lui, écope du mauvais rôle. C’est lui qui passe pour un arriviste frustré, faux-cul et manipulateur prêt à tout pour avoir la tête de son rival politique. De la gauche, il n’est quasiment pas question. Hormis deux allusions à Ségolène Royal. D’ailleurs, dans la catégorie faux-jeton revanchard, on délivrera une mention spéciale à Dominique Besnehard. Dans le rôle de Pierre Charron, ex-conseiller de Nicolas Sarkozy, il a trouvé sa catharsis. S’ils étaient déjà brouillés depuis plusieurs années, lui et la candidate socialiste de 2007 ne se réconcilieront pas de sitôt.

Comme il est beaucoup question dans ce film de couilles et de débauche de vulgarités qui font bien viril, il aurait été appréciable que cette farce en ait beaucoup plus dans le falzar. Car au-delà des considérations anecdotiques (les petites phrases), l’ensemble tourne rapidement à vide. Et comme dirait l’autre, cela à de quoi « en touche[r] une sans faire bouger l’autre ».





La Conquête
France, 2011.
Réalisé par : Xavier Durringer. Avec : Denis Podalydès, Florence Pernel, Bernard Le Coq, Samuel Labarthe ...

mardi 17 mai 2011

The Tree of life

© EuropaCorp Distribution
Pas de consensus mou pour The Tree of life ! Des uns crient au génie, d’autres, à l’imposture, mais ce qui est sûr, c’est que le cinquième long de Terrence Malick ne cherche pas à plaire à tout prix. Il ne prend jamais le spectateur par le bras, ne se veut jamais faussement aimable. Si on se laisse embarquer dans ce trip métaphysico-poétique, tant mieux. Si on reste à quai, tant pis.

On retrouve les principales caractéristiques du cinéma contemplatif de Malick : la nature, les éléments, la spiritualité, la beauté des plans, la force des images. Mais le réalisateur effectue un pas (une foulée, même) supplémentaire vers davantage de radicalité. D’un côté, il y a Jack. Aîné d’une fratrie, il a grandi dans l’Amérique pavillonnaire des 50’s, entre une mère bienveillante et un père partisan d’une éducation à la dure. Un drame emportera l’un de ses frères. De l’autre, il y a... Quoi, au juste ? Des cellules, des volcans en éruption, des dinosaures. Une espèce d’imagier de la Création qui surgit dix minutes à peine après le début du film. De quoi désarçonner le spectateur ne voulant se fatiguer à tenter de comprendre le sens de cette digression. Puis l’on retrouve la famille, ses petites histoires et la question qui turlupine Jack : pourquoi ferai-je ce que me dit mon père s’il n’applique pas ses principes à lui-même ? A vrai dire, cette trame intime n’a qu’un intérêt tout relatif.

Alors, le ton emphatique est susceptible d’agacer et l’on peut rester circonspect face aux envolées New Age, mais The Tree of life est traversé de telles fulgurances visuelles et bouffées d’émotions symphoniques qu’il restera immanquablement en mémoire comme un objet fascinant.





The Tree of life
Etats-Unis, 2011.
Réalisé par : Terrence Malick. Avec : Brad Pitt, Jessica Chastain, Sean Penn ...


lundi 16 mai 2011

Minuit à Paris

© Mars Distribution
Après Londres et Barcelone et avant Rome, Woody Allen a donc délocalisé sa caméra à Paris. Dans ses bagages, il a emporté tous les clichés romantiques que la ville lumière inspire aux Américains. Bateaux Mouche, Tour Eiffel et Champs-Elysées, au soleil, sous la pluie, à midi ou à minuit : les lieux-communs liés à la capitale défilent dans le pré-générique. Avec ces cartes postales animées, surgies d’un catalogue de l’Office de tourisme, Allen annonce la couleur. C’est sous les auspices de cette vision idéalisée de Paris que se déroulera l’heure et demi à suivre.

Le Paris de la Rive Gauche et de ses écrivains, des chambres de bonnes et de la vie de Bohème,  des garçons de café exécrables et des filles charmantes : voilà ce qui fait rêver Gil (Owen Wilson).  Ce scénariste est venu passer quelques jours en France avec sa future femme et ses beaux-parents. Si cela ne tenait qu’à lui, il s’installerait dans une mansarde et nourrirait son premier roman de ses flâneries à Montmartre. Un programme qui n’enthousiasme pas du tout sa fiancée, Inez (Rachel McAdams), aussi charmante que pète-sec. Elle, préfère les virées à Versailles et les visites de musées, escortée par Paul, l’un de ses amis, horripilant monsieur-je-sais-tout.

Assez rapidement, Gil va fausser compagnie à cette clique qui l’insupporte et avec lequel, au fond, il a peu en commun. Pour ne pas esquinter le plaisir de la découverte, mieux vaut taire –comme le fait si bien la bande-annonce - la nature précise des escapades du jeune homme. On se contentera de dire que Gil découvre un Paris de rêve. Chacune de ces échappées, où les poncifs se succèdent, pourra faire soupirer d’agacement le spectateur. Cependant, les gros traits de la caricature sont parfaitement assumés et voulus par Allen puisque Minuit à Paris se pare, lors des échappées de son héros, des caractéristiques du film-cerveau. Autrement dit, on se retrouve spectateur des divagations mentales et parisiennes de Gil. Il est donc logique que ce soient des poncifs qui structurent cette balade fantasmatique.
Aussi, si l’on rit peu, on s’amuse beaucoup, pour peu que l’on apprécie la fantaisie qui enrobe cette déclaration d’amour à Paris. Mais cet hommage, ce regard en permanence bienveillant sur la capitale, est aussi la limite du film. Comme si le charme de la ville avait anesthésié le mordant de Woody. Loin d'atteindre le niveau du londonien Match Point (2004), cette étape française est tout de même à ranger parmi les bons millésimes alleniens.





Minuit à Paris
(Midnight in Paris)
Etats-Unis, 2011.
Réalisé par : Woody Allen. Avec : Owen Wilson, Rachel McAdams, Marion Cotillard, Michael Sheen...

vendredi 13 mai 2011

L'oeil invisible

© Pyramide Distribution
Argentine, mars 1982. Maria Teresa est surveillante au Lycée national de Buenos Aires. Dans ce cadre austère et rigoriste, elle est l’œil invisible qui traque le moindre faux pas. Chemise mal-boutonnée, tract politique circulant sous le manteau, baiser échangé derrière un pilier… rien n’échappe à son zèle. Un jour, son regard se pose sur un élève, Marini, dont elle semble tomber amoureuse en un clin d’œil. L’attirance de la jeune fille pour ce garçon tourne peu à peu à l’obsession. Dans le même temps, le surveillant général, Carlos Biasutto, s’est entiché de Maria Teresa et ses appels du pied se font de plus en plus pressants.

Diego Lerman est né le 24 mars 1976, le jour du coup d’Etat de Videla qui allait imposer la junte militaire au pouvoir pour sept années. Le film se déroule sur une période relativement courte, en mars 1982, alors que la colère du peuple gronde dans les rues de Buenos-Aires.  Mais plutôt que de traiter frontalement la dictature et de montrer la révolte populaire, le jeune réalisateur se focalise sur une poignée de personnages et recourt aux figures de styles. Synecdoques, métaphores, allégories… Maria Teresa et Carlos sont un peu tout cela. Du haut de ses 23 ans, la jeune surveillante, chignon strict, sourcils circonflexes, a l’allure d’une vieille fille. Son attirance pour ce jeune lycéen fait naître en elle un désir d’émancipation en même temps que va se fissurer sa docilité envers l’autorité. Autorité incarnée par le surveillant général, Biassuto. Maria Teresa bouillonne de frustration. Maria Teresa se cache dans les toilettes –« entre la merde et la pisse »- pour espionner le garçon qui la fascine. Maria Teresa dénoue la rigidité de son corps en dansant gauchement sur de la variète vaguement rock. Bref, on comprend rapidement que Maria Teresa EST le peuple argentin qui aspire à la liberté et se rebelle crescendo contre l’oppression.

La démonstration chausse parfois ses gros sabots, mais le parti pris demeure respectable. On peut d’ailleurs le rapprocher de celui de Pablo Larrain qui, dans Santiago 73, Post Mortem, sorti en février dernier, collait aux basques d’un employé d’une morgue pour nous causer du coup d’Etat contre Allende. L’œil invisible ne sort cependant pas grandi de la comparaison car, outre le fait qu’il déployait davantage de subtilité, Santiago 73... faisait preuve de davantage de radicalité dans son propos. La conclusion –un plan-séquence sidérant- était amenée par paliers, avec une certaine cohérence. Dans le cas de L’œil invisible, elle tombe comme un cheveu sur la soupe. Sans trop en révéler, le final met à l’œuvre une violence qui s’accomplit dans le cadre confiné du lycée alors qu’à l’extérieur les cris des manifestants se font entendre. Un parallèle qui surligne lourdement et inutilement le propos. Cette scène, qui se voulait sans doute choc, met mal à l’aise par sa gratuité sordide. Dommage, car tout ce qui précède ce faux-pas, bien qu’austère, tient plutôt la route.



 L'Oeil invisible
(La mirada invisibile)
Argentine, 2010.
Réalisé par : Diego Lerman. Avec : Julietta Zylberberg, Osmar Núñez

lundi 9 mai 2011

Où va la nuit

© Diaphana Distribution
Trois ans après Séraphine, Yolande Moreau retrouve Martin Provost pour ce Où va la nuit, inspiré du Mauvaise pente de Keith Ridgway. Elle y incarne Rose, une femme battue par son mari qui, lorsqu’elle se retrouve seule, s’entraîne à plier bagages. Mais à la fugue, elle préfèrera une solution encore plus définitive. De celles qui risquent de mettre la police à vos trousses.

Provost ne s’attarde pas sur les scènes d’exposition. En une poignée de séquences, il campe le quotidien de cette femme. A la violence qu’elle subit se conjugue l’ennui d’une vie rurale qui paraît tourner au ralenti. Des instantanés qui contrastent avec l’univers des lofts bruxellois et des bars branchés qu’elle sera amenée à côtoyer. Car, après avoir enterré son mari, elle s’installe chez son fils. Thomas, 25 ans, a claqué la porte du domicile familial dix ans plus tôt. Quand son père n’a pas supporté d’apprendre son homosexualité.
Où va la nuit quitte alors un petit moment la chronique fait-diversière pour nous montrer cette mère essayer de recoller les morceaux avec son fils. Ils n’ont pas coupé les ponts – du moins, on sait qu’ils s’appelaient de temps en temps – mais Rose ne sait finalement pas grand-chose de Thomas. Ces scènes, dans lesquelles cette femme meurtrie semble retrouver l’espoir d’une nouvelle vie sont les plus émouvantes.

Mais le film ne tarde pas à s’aiguiller à nouveau sur les rails de l’intrigue policière, finalement plus conventionnelle. La faute notamment à un personnage de journaliste fouille-merde archi-caricatural, deus ex machina grossier qui entache le film par son manque de subtilité. Dans sa dernière partie, l’apparition d’Edith Scob permet à l’histoire de dévier dans un registre plus surprenant et assez comique. C’est après un clin d’œil à Ridley Scott que Provost referme Où va la nuit. Sur une fausse fin ouverte, décevante de facilité.





Où va la nuit
Belgique, France, 2011.
D’après l'oeuvre de Keith Ridgway. Réalisé par : Martin Provost.
Avec : Yolande Moreau, Pierre Moure, Edith Scob…

vendredi 6 mai 2011

Coup d'éclat

© Ad Vitam
Catherine Frot a abandonné à la naphtaline ses tenues d’enquêtrice de la boutique Agatha Christie. Du moins, le temps de se glisser dans les bottes automne-hiver 2010 de la capitaine de police au bout du rouleau. Un rôle d’anti-Julie Lescaut, dans lequel se sont précédemment glissées ses consœurs Josiane Balasko (Cette femme-là, Guillaume Nicloux, 2003) et Nathalie Baye (Le Petit lieutenant, Xavier Beauvois, 2005). José Alcala nous convie à partager le quotidien de cette femme – évier à réparer, mère malade à border, canons de rouge à avaler et dépression à couver. Rien de franchement novateur mais ici réside l’aspect le plus intéressant du film. Celui qui donne à voir Catherine Frot dans un registre froid, où les émotions intériorisées. L’actrice apparaît ici loin de ses compositions fofolles en veste en tweed et c’est appréciable.

Quant à l’enquête qui l’accapare, c’est une autre histoire. Ce prétendu suicide d’une prostituée de l’Est sur lequel elle s’échine, de manière obsessionnelle, à faire la lumière, ne captive guère. C’est surtout un prétexte pour nous plonger dans cette France que l’on dit « d’en bas », celle des mobil-homes et des foyers Sonacrota. Celle qui morfle de la crise et qui a déjà été assommée par la mondialisation au préalable. Celle qu’Alcala a côtoyé dans son documentaire Les Molex, des gens debout (2010). On sent l’empathie sincère du réalisateur vis-à-vis de ces figures modestes. Sa sensibilité de gauche s’exprime au détour de quelques répliques –lorsque Fabienne Bourrier/Catherine Frot, peste contre la politique du chiffre, par exemple. Mais il manque un je-ne-sais-quoi –un coup d’éclat, justement- qui contrebalancerait la froideur dans laquelle s’enferre cette fiction. La naissance d’une amitié (d’un amour platonique ?) entre la quadra célibataire et un ouvrier aurait pu y contribuer. Mais on n’en aperçoit qu’une ébauche.






Coup d'éclat
France, 2011.
Réalisé par : José Alcala.
Avec : Catherine Frot, Karim Seghair, Marie Raynal, Liliane Rovère…

La solitude des nombres premiers

© Le Pacte

Une adaptation d’un roman estampillé « best seller en Italie » et affublé d’un titre digne d’un Anna Gavalda ? J’en vois déjà qui rechignent. Et s’imaginent une transposition sur grand écran d’un champion de librairies pour ménagères affamées de bons sentiments. Heureusement la séquence d'ouverture efface toute crainte. En laissant sa caméra fureter sur la scène d’un spectacle de kermesse aux accents baroques, c’est le Dario Argento de la grande époque que convoque Saverio Costanzo. Un peu plus tard, il réutilisera même un extrait de la B.O. de L’oiseau au plumage de cristal. De la scène inaugurale argentienne aux dernières images rappelant la conclusion de L’avventura d’Antonioni, le film est ainsi placé sous la tutelle d’influences qui ne l’écrasent à aucun moment.

Loin de se résumer à un décalque de références cinéphiliques, La solitude… est une œuvre déconcertante. A l’image de ses deux principaux protagonistes, Alice et Mattia. Deux personnages écorchés vifs. L’un est porté sur l’automutilation, l’autre penche vers l’anorexie. On les voit évoluer à des périodes clefs de leur existence (1984, 1991, 2001 et 2008). Costanzo a choisi de briser la structure linéaire du roman. L’intrigue effectue de nombreux aller-retour d’une époque à une autre -les télescopant parfois- et c’est par bribes que le spectateur découvre les origines traumatiques de leurs souffrances futures. Simple et pertinente idée qui crée un suspense en même temps qu’elle développe l’impression de malaise. D’autant plus que chaque image, même la plus anodine a priori (un couloir de lycée, une mère emballant un cadeau…), porte une charge anxiogène latente.

Par les cadrages, le montage ou une musique oppressante, Costanzo prend un malin plaisir à suggérer une possible irruption de violence, physique ou morale. Le plus souvent, c’est pour mieux prendre à rebours les attentes du spectateur ainsi conditionné. Il se permet aussi des embardées oniriques qui sont parmi les plus beaux et forts moments du film et ouvre la porte à des incursions pop bienvenues (les chansons « Yes, sir I can boogie » et « Bette Davis eyes »).

Si le film perd de son souffle dans le dernier quart –quoi de plus normal après tout lorsque l’on bifurque d’Argento à Antonioni-, il emporte quand même l’adhésion. Car il concilie parfaitement un vaste programme thématique – mal-être adolescent, difficulté à communiquer, boulet de la culpabilité – et esthétique ambitieuse.





La solitude des nombres premiers
(La solitudine dei numeri primi)
Italie-France-Allemagne, 2010.
D’après le roman de Paolo Giordano. Réalisé par : Saverio Costanzo. Avec : Alba Rohrwacher, Luca Marinelli, Isabella Rossellini, Arianna Nastro, Vittorio Lomartire…